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Remarques sur le risque d’implosion de la Fsspx à raison de l’attitude de Mgr Fellay.

Notre collaborateur présente ici une réponse à mes objections concernant son précédent article. Je développerai la semaine prochaine mes propres arguments.

Julien Gunzinger

 

De notre collaborateur Pierre Hafeu.

Nous voyons sur ce blog deux analyses divergentes de la situation. Nous répondons maintenant aux arguments pro-Fellay défendu par M. Gunzinger.

1° D’une, le « supérieur » de la Fsspx ne peut avoir autorité sur des évêques. Les évêques ne reçoivent pas le pouvoir d’ordre et de juridiction du supérieur de la Fsspx. Selon les thèses en vigueur dans la Fsspx, ils tirent leur pouvoir d’ordre de leur ordination épiscopale (sacre) ; le pouvoir de juridiction immédiatement de Dieu au moment du sacre, mais moyennant mandat pontifical (avec, en cas d’état de nécessité, suppléance de l’Eglise pour pallier au défaut ou refus de mandat pontifical). Ces thèses sont bien établies ; je n’y reviens donc pas.

2° De deux, le jugement de Mgr Fellay sur l’opportunité d’un ralliement est un jugement prudentiel. De sorte que, sauf à considérer Fellay doté d’infaillibilité dans ses jugements prudentiels, on ne voit pas qu’on doive y assentir. Tout au plus pourrait-il réclamer un assentiment religieux et prudent. Sauf qu’évidemment, les 3 autres évêques et des pans entiers de la Fsspx lui répondront que son jugement est imprudent.

3° De trois, quant à la nécessité d’un accord doctrinal préalable, Mgr Fellay lui-même l’exigeait, et le Chapitre général de la Fsspx avec lui.

- Mgr Fellay : « Nous envisageons trois étapes vers une solution de la crise : préalables, discussions, accords… [Si Rome accorde les préalables = levée de l’excommunication] il conviendra de passer à la deuxième étape c’est-à-dire aux discussions… cette étape-là, celle des discussions sera difficile, houleuse et probablement assez longue… En tout cas, il est impossible et inconcevable de passer à la troisième étape, donc d’envisager des accords, avant que les discussions n’aient abouti à éclairer et corriger les principes de la crise. »

- Chapitre général de la Fsspx : « En effet, les contacts qu’elle entretient épisodiquement avec les autorités romaines ont pour unique but de les aider à se réapproprier la Tradition que l’Eglise ne peut renier sans perdre son identité, et non la recherche d’un avantage pour elle-même, ou d’arriver à un impossible accord purement pratique. Le jour où la Tradition retrouvera tous ses droits, le problème de la réconciliation n’aura plus de raison d’être et l’Eglise retrouvera une nouvelle jeunesse. »

 

- Par où appert que l’accord ne peut être purement pratique, ne peut consister seulement en un accord juridique offrant une prélature personnelle à Mgr Fellay et une situation canonique apaisée à la Fsspx, mais que la Tradition retrouve ses droits, ce qui inclut un accord doctrinal seul à même de pouvoir « corriger les principes de la crise ».

- D’ailleurs, de Mgr Lefebvre au Pape Jean-Paul II, lors de la rupture des discussions entre Rome et Écône en juin 1988 : « C’est pour garder intacte la FOI de notre baptême que nous avons dû nous opposer à l’esprit de Vatican II et aux réformes qu’il a inspiré. Le faux œcuménisme qui est à l’origine de toutes les innovations du Concile, dans la liturgie, dans les relations nouvelles de l’Église au monde, dans la conception de l’Église elle-même, conduit l’Église à sa ruine et les catholiques à l’APOSTASIE… Nous continuerons de prier pour que la Rome moderne, infestée de MODERNISME, redevienne la Rome CATHOLIQUE et retrouve sa Tradition bimillénaire. Alors le problème de la réconciliation n’aura plus de raison d’être et l’Église retrouvera une nouvelle jeunesse. »[i]

4° De quatre, si Mgr Fellay persiste dans son déni, persiste à refuser d’entendre les arguments des trois autres évêques de la Fsspx, la Fsspx implosera en deux blocs, l’un rallié à la politique de l’IBP, l’autre fidèle à la ligne Fsspx. Peut-être ceux des prêtres Fsspx sédévacantistes au for interne en profiteront pour s’afficher ouvertement.

En conclusion.

 

1. La Fsspx a toujours considéré nécessaire qu’un accord doctrinal fût le préalable à la résolution canonique de son statut. La rupture des pourparlers de 1988 en est la preuve la plus éclatante.

2. À l’inverse, l’IBP a cru bon de se rallier avant tout accord doctrinal. De sorte qu’il n’est plus de raison que Rome traite avec les membres de l’IBP et reconnaisse doctrinalement quoique ce soit : l’IBP est en sa main. On voit d’ailleurs poindre la reprise en main de l’IBP convié à aggiornamenter ses statuts, à abandonner sa « critique constructive » du Concile pour passer à une « herméneutique de la continuité ».[ii]

3. La ligne Fellay consiste donc en l’abandon de la position traditionnelle de la Fsspx au profit de la ligne IBP, ligne pourtant condamnée en son temps comme une impasse.

4. La ligne Fsspx traditionnelle est défendue par les trois autres évêques de la Fsspx.

5. La Fsspx est en danger d’implosion. Certains jugeront Mgr Fellay avoir raison, d’autres qu’il a tort. En tout état de cause, il lui faudrait répondre à cette question : pourquoi accepter un accord canonique en l’absence d’accord doctrinal ?



[i] Lettre du 2 juin 1988, in La documentation catholique, n°196, juillet 1988, page 738.

[ii] Voyez l’article précédent.

Remarques sur les actuelles discussions entre Rome et Écône.

Je publie ici un article de notre collaborateur Pierre Hafeu dont je ne partage pas la position mais qui permet de bien saisir les deux lignes qui s’opposent dans la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X. Pierre Hafeu soutient que le refus d’obéissance  de Mgr Lefebvre, lors des sacres de 1988, était essentiellement de nature doctrinale. En conséquence, les problèmes doctrinaux n’étant toujours pas réglés, la Fraternité ne peut accepter d’accord sans renier son fondateur. Je pense pour ma part que l’état de nécessité que la Fsspx a toujours invoqué pour justifier les sacres de 1988 reposait essentiellement sur le fait que Mgr Lefebvre disait avoir  obtenu des garanties insuffisantes  de Rome lui assurant de pouvoir continuer à faire « l’expérience de la Tradition ». Sans ces garanties Mgr Lefebvre a jugé nécessaire, compte tenu de la crise que traversait l’Eglise, qu’il ne pouvait se dispenser de doter la FSSPX d’évêques susceptibles de lui succéder à sa mort. Certes Mgr Lefebvre a toujours mis en lien la crise dans l’Eglise avec certains enseignements du Concile et certains actes posés par les papes à sa suite. Il n’a jamais caché refuser certaines orientations doctrinales et pastorales engagées par les papes depuis Vatican II, mais la rupture n’est intervenue que parce qu’il a estimé que son oeuvre, nécessaire au rétablissement de l’Eglise, n’était pas garantie dans sa pérennité par les propositions que lui avaient faites le cardinal Ratzinger en 1988. Si Mgr Fellay estime le contraire actuellement, alors les fidèles de la Fsspx doivent le suivre. Il n’y a pas à hésiter une seconde.

 Julien Gunzinger

Remarques sur les actuelles discussions entre Rome et Écône et sur leurs conséquences quant à la cohésion interne de la Fsspx.

Pour Eschaton, de notre collaborateur Pierre Hafeu.

Trois des évêques de la Fsspx sont réticents à l’accord qui s’annonce, et pour cause : il leur faudrait accepter ce qu’ils combattent depuis plus de vingt ans. Je crains donc que l’accord annoncé ne brise la Fsspx en deux factions, l’une trahissant Le combat historique de la Fsspx en acceptant le Concile en sa totalité (condition de la prélature personnelle proposée par Rome à la Fsspx), l’autre refusant cette réconciliation factice. Comme l’écrivent Mgrs Galarreta, Tissier de Mallerais et Williamson : « Si nous luttons depuis 20 ans pour résister aux erreurs conciliaires, ce n’était pas pour nous mettre maintenant entre les mains de ceux qui professent ces erreurs. »[1]

Surtout, j’attends de voir la teneur exacte des discussions doctrinales préparatoires ayant eu lieu entre théologiens romains et théologiens de la Fsspx. Car la Fsspx a jusqu’ici toujours affirmé qu’un accord doctrinal était le préalable à la réconciliation. Mgr Fellay lui-même : « il est impossible et inconcevable de passer à la troisième étape, donc d’envisager des accords, avant que les discussions n’aient abouti à éclairer et corriger les principes de la crise. »[2] Les discussions ont-elles permis de corriger les fausses doctrines de la Rome progressiste ? J’en doute. Je doute que Rome soit disposée à admettre que les erreurs doctrinales sont dans les énoncés conciliaires. On connait trop l’idéologie romaine : il n’y a pas d’erreurs dans le Concile mais dans l’interprétation du Concile. Pas d’erreurs donc dans Nostra Ætate ou Dignitatis humanæ… D’où la vive réaction des trois confrères de Mgr Fellay : « les trois évêques de la FSSPX qui ne font pas partie du Conseil Général souhaitent lui faire savoir, avec tout le respect qui convient, l’unanimité de leur opposition formelle à tout accord semblable. »[3]

Bref, je crains que Fellay ne soit en train de détruire la Fsspx prête à imploser en deux obédiences, l’une ralliée, l’autre toujours rebelle. Je doute d’ailleurs que les ralliés puissent pratiquer subversivement l’entrisme. Ils seront, comme pour les prêtres de l’Institut du Bon Pasteur, manipulés et récupérés par la Rome progressiste. C’est ainsi que la Commission Pontificale Ecclesia Dei en est à leur proposer un changement de statuts. Quand à la liturgie, en violation des statuts accordés à l’IBP, non plus des célébrations exclusivement selon la forme extraordinaire du rite romain mais aussi des célébrations selon la forme ordinaire de ce rite, motif pris qu’il serait souhaitable d’uniformiser les Statuts de l’Institut avec l’esprit du Motu Proprio Summorum Pontificum. Quand à la doctrine, « diminuer « la critique, même sérieuse et constructive » des aspects du Concile Vatican II qui soulèvent des difficultés, pour insister davantage « sur l’herméneutique du renouvellement dans la continuité », en adoptant « comme base » le « Nouveau Catéchisme » »[4]. Le procédé ne peut tromper personne : Rome intègre puis disloque.

Qui peut d’ailleurs s’en étonner ? Le Pape a plénitude de juridiction sur l’Église entière. Le Pape peut donc, par les organes du Pontificat que sont les Congrégations romaines, modifier unilatéralement le droit concédé, les statuts accordés à l’IBP. Il ne s’agit pour le moment que de suggérer aux autorités de l’IBP un changement de statut. Mais qu’on ne s’y trompe pas : Rome sait aussi user du langage de la fermeté. Tout le piège des ralliements est là. En se ralliant à la hiérarchie romaine en place, s’affirme du fait-même qu’elle n’est pas responsable de la crise frappant l’Église. Impossible lors de dissentir aux ordres de Rome : une fois rallié, l’obéissance est de mise, les raisons du dissentiment étant réputées nulles.

La rébellion de la Fsspx se voulait légitime, arguant de l’évidence du fait (evidentia facti) d’état de nécessité lié à la corruption doctrinale frappant l’Église et ses chefs. En effet, suite à la déclaration de l’excommunication latæ sententiæ consécutive aux sacres sans mandats, cette conséquence juridique d’une présomption de juris et jure que les évêques sacrés et consécrateurs étaient réellement schismatiques. Or, à la différence de la présomption de juris simpliciter, qui peut être renversée par la preuve du fait contraire, la présomption de juris et de jure ne peut être détruite qu’en établissant soit une erreur dans la procédure, soit l’évidence du fait contraire : à défaut d’être évident, sa preuve est irrecevable, par où la présomption de juris et de jure diffère, quant à ses effets, de la présomption de juris simpliciter. Quand pour leur défense théologiens et canonistes de la Fsspx arguaient d’un état de nécessité à même de justifier d’avoir agit sans mandat et contre la volonté expresse du Pape, ils supposaient cet état de nécessité si flagrant qu’évident. Soit donc le combat de la Fsspx était illégitime, soit non. Si non, c’était à raison de l’évidence de si graves désordres frappant l’Église qu’impliquant un état de nécessité : le salut des âmes exigeait qu’on passa outre le refus formel du Pape et sacra sans mandat. Or la Fsspx a toujours vu dans le Concile la cause même des désordres d’après concile. Et voilà qu’on nous annonce un ralliement à Rome sans accord doctrinal préalable. Que s’en suivra-t-il ? Ceci qu’en se ralliant aux autorités en place sera reconnu qu’elles ne sont pas en cause dans les désordres frappant encore l’Église. Il sera lors pratiquement impossible de dissentir aux ordres de Rome.

À défaut d’accord doctrinal préalable, l’acceptation d’une prélature personnelle signera le triomphe des progressistes sur les traditionalistes, ces derniers se livrant pieds et poings liés à une hiérarchie pourtant dénoncée scélérate des décennies durant.

Mgr Fellay signera-t-il la ruine de la tradition ?

 

 



[1] Lettre du 7 avril 2012 des trois évêques à leur confrère Mgr Fellay.

[2] Revue Fideliter, n.171.

[3] Lettre du 7 avril 2012 des trois évêques à leur confrère Mgr Fellay.

[4] Tiré de Disputationes Theologicae, le blog de l’IBP.

Viens Seigneur Jésus…

Jacques Maritain, du temps où il s’en tenait au stricte enseignement de l’Eglise, écrivait : »L’État, ici-bas, écrit-il, étant par nature ordonné au bien moral de l’être humain et par conséquent nécessairement ordonné en fait à la vie éternelle comme à sa dernière fin et au bien de la cité céleste, c’est une impossibilité métaphysique pour l’État d’atteindre sur terre sa fin particulière et la vraie prospérité lorsqu’il est en opposition avec le bien de l’Église. Il a cru cependant pouvoir le faire. L’Histoire du monde moderne est l’histoire de cette illusion. Nous en avons les résultats sous les yeux« . Par la suite Maritain infléchira sa pensée en faisant de l’Eglise non plus la gardienne de la vérité que les sociétés doivent suivre, mais un ferment social permettant  à chacun de prendre conscience de sa dignité.  La pensée de Maritain est parfaitement symptomatique de la dynamique dévastatrice qui a pénétré l’Eglise au point de lui faire désormais passer sous silence la Royauté sociale du Christ, tant et tant de fois formulée au cours des siècles et tout particulièrement formalisée par les grands papes de la fin du XIXe et du début du XXe : Pie IX, Léon XIII, Saint Pie X, Pie XI et Pie XII.

Rendre le monde conforme au cœur de Dieu constitue l’axe principal de la doctrine sociale dont Pie XII disait qu’elle était « fixée définitivement et sans équivoque dans ses points fondamentaux »( 29 avril 1945) et que « nul ne peut s’en écarter sans danger pour la foi et l’ordre moral »( 29 avril 1945) « Les points principaux (de la doctrine sociale de l’Église), explique Pie XII, sont contenus dans les documents du Saint-Siège, c’est-à-dire dans les encycliques, les allocutions et les lettres pontificales » (17 octobre 1953). Or ces dernières sont extrêmement claires : il n’y a aucune autre voie de stabilité, de prospérité et de paix pour les sociétés que celle qui passe par la reconnaissance de la Royauté sociale du Christ. Pie IX, avec Quanta Cura et le Syllabus  affirmait qu’il n’y avait pas d’autre horizon pour toute société humaine que la chrétienté, Léon XIII, dans ses encycliques Diuturnum illud et Immortale Dei développera les fondements théologiques de la royauté sociale du Christ. Pie X en fit une synthèse à travers sa formule héritée du cardinal Pie « Tout instaurer dans le Christ”[1]. Après lui, Benoît XV canonisa Jeanne d’Arc, prophétesse du Christ-Roi. Enfin le pape Pie XI dans Quas Primas acheva l’enseignement de ses prédécesseurs en instaurant solennellement la fête du Christ-Roi.

Ces grands papes avaient compris l’impérieuse nécessité de former les catholiques pour leur permettre de résister au but que poursuivit,  au-delà de ses divergences de surface,  la pensée politique moderne  : exclure le Christ de la vie publique, construire la paix en soustrayant l’ordre sociale à la Royauté du Christ. C’est –à-dire prendre l’exact contre-pied de Quas primas:« Or, il Nous en souvient, Nous proclamions ouvertement deux choses: l’une, que ce débordement de maux sur l’univers provenait de ce que la plupart des hommes avaient écarté Jésus-Christ et sa loi très sainte des habitudes de leur vie individuelle aussi bien que de leur vie familiale et de leur vie publique; l’autre, que jamais ne pourrait luire une ferme espérance de paix durable entre les peuples tant que les individus et les nations refuseraient de reconnaître et de proclamer la souveraineté de Notre Sauveur. (…)Si les hommes venaient à reconnaître l’autorité royale du Christ dans leur vie privée et dans leur vie publique, des bienfaits incroyables – une juste liberté, l’ordre et la tranquillité, la concorde et la paix — se répandraient infailliblement sur la société tout entière. « 
Depuis Pie XI, la civilisation occidentale a été encore plus loin dans le reniement. Si bien que le 1er janvier 2001 Jean-Paul II a pu prononcer ce qui ressemblait fort à  l’acte de décès de l’Occident chrétien « les modèles du monde occidental, désormais affranchis du terreau chrétien, sont inspirés par une conception pratiquement athée de la vie. » « en « en raison de leur forte connotation scientifique et technique, les modèles culturels de l’Occident apparaissent fascinants et séduisants, mais malheureusement ils révèlent, avec une évidence toujours plus grande, un appauvrissement progressif dans les domaines humaniste, spirituel et moral. La culture qui les engendre est marquée par la prétention dramatique de vouloir réaliser le bien de l’homme en se passant de Dieu, le Souverain Bie. Mais « la créature sans son Créateur s’évanouit ». Une culture qui refuse de se référer à Dieu perd son âme en même temps que son orientation, devenant une culture de mort, comme en témoignent les tragiques événements du vingtième siècle et comme le montrent les conséquences nihilistes que l’on constate actuellement dans de larges sphères du monde occidental. »

Mais depuis 2001, il nous est encore plus aisé de prendre la mesure de la barbarie dans laquelle nous plonge cette logique de reniement. Les guerres meurtrières menées sous la bannière des droits de l’homme, mais authentiquement mues par de sordides motifs économiques et dictées par l’agenda mondialiste, se sont multipliées. La crise économique permet aux banques, grâces à la logique prédatrice de la dette, de mettre à genoux les peuples. Plus que jamais le monde médiatique se transforme en pur appareil de propagande des objectifs des élites mondialisées. A travers lui, la morale inversée livre une guerre sans fin aux familles.

Les forces naturalistes qui ont opéré ce renversement ne veulent pas que la grâce imprègne tous les niveaux de la vie sociale. Elles poursuivent un but de mort : interdire à l’homme d’accéder au but qui lui a été fixé par son Créateur. Pour y parvenir elles flattent toutes ses élans narcissiques, exaltent son orgueil. Ses maîtres mots sont le progrès, la liberté, l’indépendance, la dignité humaine, tolérance.

Ils forment un corpus cohérent destiné à relativiser l’impérieuse nécessité et pour les individus et pour les sociétés de faire du Christ leur seul Maître. C’est ce que développait très bien Luigi Taparelli dans son Essai sur les principes philosophique de l’économie politique. « Il y a dans le monde depuis la Réforme de Luther deux sociétés, dont chacune a son principe moral qui dérive du principe métaphysique suprême et se propage dans toutes les doctrines sociales ; ce principe moral est pour l’une la dépendance de tout l’ordre créé à l’égard du Créateur, pour l’autre l’indépendance absolue de l’individu, ou, comme on dit aujourd’hui, la liberté, funeste fruit de la Réforme luthérienne se transformant successivement en inspiration privée, libre examen, rationalisme,etc… le moi de Kant et de Fichte, l’absolu de Schelling et de Hegel, le panthéisme, l’autothéisme, le Dieu-Etat des doctrines rationalistes, le Dieu-peuple de Mazzini et des républicains, ne sont que des concepts métaphysiques inventés pour servir de base au principe moral de l’indépendance, qui, suivant leur nature, produisit l’absolutisme de l’Etat, le droit d’insurrection, la république sociale etc…sans doute toutes ces théories se combattent l’une l’autre par intérêt dans des moments décisifs, quand un parti espère arriver à gouverner la société, mais elles sont toutes unies par un certain lien de fraternité logique, et toutes elles prennent le titre de société moderne animée de l’esprit du siècle, progressiste etc…»

Toutes les déviances dans la foi procèdent de la relégation de la Royauté sociale du Christ issu du relativisme naturaliste qui a premièrement porté ses attaques dans l’ordre temporel en s’adossant au relativisme. Car comme Pie XI l’a montré dans Quas primas,  si l’esprit naturaliste en est venu graduellement à infecter toute la société, c’est que  « peu à peu la Religion du Christ a été mise au même niveau que les fausses religions et placée ignominieusement dans la même catégorie qu’elles ». Avant lui, Pie VII avait écrit : « Du fait que l’on proclame la liberté de toutes les formes de croyances, la vérité est confondue avec l’erreur, et l’Epouse sainte et immaculée du Christ, hors de laquelle il ne peut y avoir de salut, est placée sur le même plan que les sectes hérétiques(…) »



[1] « (…) on ne bâtira pas la société autrement que Dieu l’a bâtie ;(…) Il ne s’agit que de l’instaurer et la restaurer sans cesse sur ses fondements naturels et divins contre les attaques toujours renaissantes de l’utopie malsaine, de la révolte et de l’impiété :  » omnia instaurare in Christo » » Lettre sur le Sillon Notre charge apostolique, du 25 août 1910

4) Le tournant des années du Concile – L’avortement

C’est également durant les années de l’immédiat après Concile que la mobilisation en faveur  de la légalisation de l’avortement s’est organisée. Le manifeste des 343 publié dans le Nouvel Observateur et emmené par Simone de Beauvoir date par exemple de 1971.

Mais sur ce sujet-là, tout comme sur celui de l’homosexualité, la vérité des faits est totalement étouffée.

Une étude conduite en Finlande sur 14 ans et concernant toutes les femmes en âge de procréer a révélé que u  an après la fin de la grossesse, le taux de mortalité chez les femmes ayant avorté est trois fois plus grand que celui des femmes ayant mené à terme leur grossesse( Am J Ob Gyn 2004 ; 190 :422-427). Une étude semblable menée en Californie (Southern medical Journal, August 2002) a dégagé que les mortalité des femmes ayant avorté est de 63% plus grande.

D’autres chiffres établissent que les femmes ayant mis volontairement un terme à leur grossesse ont un taux de suicide 7 fois plus élevés que les autres ( British Medical Journal 313)

En Nouvelle Zélande, David Fergurson ( Christchurch School of Medecine and Health Science, Fergusson se déclare athée, Christchurch est le nom d’une ville) a obtenu des chiffres tout aussi significatifs : à 25 ans 42% des femmes ayant avorté ont souffert d’une forme grave de dépression, soit 25% de plus que les femmes du même âge qui ont gardé leur enfant.

Une étude publiée dans le Journal of Child and Psychology en 2002 portant sur les enfants dont les mères avaient subi une IVG a démontré qu’ils étaient davantage victimes de troubles du comportement.

Une enquête portant sur les femmes économiquement défavorisées à Baltimore, publiée dans Acta Paediatrica, a démontré que les femmes ayant subi une IVG présentait 2,4 fois plus de risque d’user de violence sur leurs enfants que les femmes qui n’avait pas pratiqué d’IVG.

L’avortement provoque donc des violences, des suicides, des blessés, les enfants d’une mère ayant choisi de se faire avorter, en sont souvent des victimes collatérales. L’avortement n’est donc pas seulement l’assassinat d’un petit d’homme. Il est aussi le vecteur de quantité d’autres violences et de souffrances objectives. Il est la manifestation la plus parfaite de l’innocence martyrisée, mais aussi de la manipulation et du mensonge auxquels la pensée dominante est obligée de s’adosser pour prospérer. Il  est typiquement l’œuvre de ce monde dont « la conscience de la dignité humaine est toujours plus vive » ( Dignitatis Humanae.)

Julien Gunzinger

3) Le tournant des années du concile – l’homosexualité

Toute la propagande favorable à l’homosexualité a également pris son essor durant les années 60. Les ravages causés par cette propagande sont tels qu’aujourd’hui le président Obama peut se prononcer en faveur du mariage homosexuel sans prétériter ses chances de réélection. Pourtant la réalité de l’homosexualité est catastrophique. Les arguments idéologiques ( égalitarisme, choix de l’orientation de genre, lutte contre la discrimination)  ont pour vocation d’étouffer  cette réalité.  Quelle est-t-elle ?  Voici des chiffres tirés du numéro 12 ( août 2000) du CEP ( Centre d’Etudes et de Prospective sur la Science. CEP – 4 rue de Beauvais – 91410 Saint – Cyr- Sous- Dourdan. France) et cités par  Marie-Christine Ceruti-Cendrier dans son livre remarquable, Les vrais rationalistes sont les chrétiens.

Longévité moyenne des hommes américains :

-          Mariés : 75 ans

-          Divorcés : 57 ans

-          Homosexuels avec sida : 39 ans

-          Homosexuels sans sida : 42 ans

Pourcentage d’hommes survivants à l’âge de 65 ans

-          Mariés : 80 %

-          Divorcés : 32 %

-          Homosexuel avec sida : 1%

-          Homosexuels sans sida : 9%

Madame Ceruti précise «  Analysant les annonces nécrologiques dans des revues homosexuelles pour un échantillon représentatif de 140 lesbiennes il apparaît que leur durée de vie moyenne est de 45 ans et que seulement 23% survivent à l’âge de 65 ans ( le taux de survie général des femmes à cet âge est de 83%) ».

Un rapport de l’Association Médicale Américaine indique qu’un adolescent homosexuel à 23 fois plus de risques d’attraper une maladie sexuellement transmissible.

D’autres statistiques américaines , citées par madame Ceruti,  établissent que les homosexuels mâles meurent de façon violente 116 fois plus que les mâles blancs âgés de 25 à 44 ans ( Paul Cameron, The Gay Nineties). Le taux de mortalité par meurtre chez les lesbiennes est encore bien plus élevé que chez les homosexuels mâles, il est de 595 fois plus important que celui des femmes américaines dans leur ensemble. Le taux de suicide des lesbiennes est quant à lui 816 fois plus élevé, selon Cameron que celui des femmes entre 25 et 44 ans. Le taux de violence domestique  enregistré par le département de justice des Usa est double pour les unions féminines et triple pour les unions masculines.

Cette réalité-là est totalement occultée au nom du respect que l’on doit aux homosexuels. Loin de moi l’idée de contester ce respect que l’on doit a priori à tout être humain. Il va de soi que les homosexuels ne doivent pas être attaqués comme personne pour leurs mœurs. Mais est-ce vraiment les respecter et les aimer que d’imposer le silence sur ces faits ? N’est-il pas de notre devoir d’informer les homosexuels sur cette terrible réalité ? N’est-il pas criminel de ne pas prévenir notre jeunesse contre tous les risques liés  à l’homosexualité : espérance de vie de 20 ans inférieure à celle des hétérosexuels, risques notablement accrus de suicide, de violence, de maladies ?

 

Julien Gunzinger

Journal de bord 6 – Au coeur du cyclone

Ceci est une fiction pour www.eschaton.ch à vocation apologétique. Le personnage que je campe est un simple père de famille qui se prend de plein fouet la conjonction de la crise sociale et économique et les prémices de la guerre en Iran. Je situe l’action à la fin de l’année 2012. Le personnage prendra progressivement conscience des mécanismes implacables qui mènent au chaos. L’évolution des événements le forcera à devoir radicalement changer de vision du monde. Il accédera alors aux déterminants économiques, politiques et moraux profonds de cette crise. Il sera ainsi mûr pour le grand saut de la foi.

Résumé épisode précédent

Jeudi 6 décembre

L’annonce du pape a créé une polémique monstrueuse, la Russie l’accusant de se ranger du côté des impérialistes-sionistes, de leur servir de caution morale et spirituelle.  Des Eglises ont été incendiées au Moyen Orient, des catholiques égorgés. Un véritable massacre. Rome a démenti tout parti pris et a plaidé pour la paix, suppliant de ne pas donner la chasse aux chrétiens.  Il a été rappelé qu’il s’agissait là d’une requête de la sainte Vierge faite en 1917 qui n’avait jamais été satisfaite intégralement. Mais dans les rangs catholiques une manifestation de modeste importance  s’est déroulée à Paris dans laquelle des progressistes ont pris la défense de Jean-Paul II (eux qui l’ont toujours accablé) pour soutenir qu’il avait fait tout ce qu’il fallait en 1984 et que le pape actuel avait perdu la raison. En fin de cortège ils ont opéré une jonction avec des mouvements d’extrême gauche qui ont dénoncé dans Benoît XVI un agent des intégristes, un fasciste anti-musulman. Au même moment le CRIF, des sociaux-démocrates, de nombreux représentants de la droite parlementaire et du FN ont descendu les champs Elysées pour féliciter le pape, en désignant la coalition russe et arabe comme des ennemis de l’occident des Lumières issu  de la civilisation judéo-chrétienne.  De Suisse Soral a déploré le manque d’à propos politique de l’initiative de Benoît XVI, en précisant cependant que l’axe atlantico-sioniste, dont la seconde manifestation est l’émanation n’avait aucune légitimité à  se réclamer de Benoît XVI dont le propos ne visait absolument pas à prendre parti pour l’un ou l’autre camp et qui  se situait dans une perspective purement spirituelle. Il a aussi moqué le grotesque de la manifestation des anti-fas et des cathos progressistes. Ce qui est sûr  c’est que cette annonce a encore durci les positions.  Des bagarres opposant anti-fas,  cathos progressistes et des groupes issus de la seconde manifestations se sont multipliées hier, en fin de journée, elles  ont nécessité l’intervention d’une escouade de CRS.

Sur internet circulent  également maintenant des courtes vidéos d’islamistes radicaux appelant à la guerre sainte contre les catholiques partout en France, en Italie et en Espagne. Ces vidéos sont rapidement neutralisées, mais elles  réapparaissent rapidement.

A contrario, j’ai vu également sur internet des groupes de catholiques traditionalistes appelés à une montée sur Rome pour être prêts à toute éventualité en cas d’attaque contre la Vatican. Ils se disent prêts à donner leur vie pour défendre la personne du pape. Ces catholiques félicitent l’initiative de Benoît XVI qui, selon eux, est  le seul moyen d’éviter la guerre.  Selon eux, il n’y a aucune solution à vue humaine, toutes les stratégies que l’on peut imaginer sont vouées à l’échec, toutes les analyses politiques sont stériles et mènent à une impasse.  C’est conscient de cela que le pape a pris le risque de faire son annonce. Le pape aurait joué sa dernière carte, conscient que cela créerait des violences locales, mais que cela éviterait l’embrasement général.

 

Attali fixe le cap à Hollande


« François Hollande est maintenant seul » (Jacques… par FranceInfo

Nous le savons, Hollande n’est qu’un pion de rechange sur l’échiquier mondialiste. Dans cette interview d’Attali, datant du lendemain de l’élection de François Hollande, le cap du nouveau président est fixé. Attali lui donne sa feuille de route en termes limpides.

Vers 9min 50, Attali explique « la seule solution passe par un fédéralisme européen, c’est-à-dire par un budget fédéral. La chance de l’Europe c’est qu’en tant qu’entité juridique l’eurozone n’a pas de dettes. Donc si elle emprunte, c’est le rôle des eurobonds, si elle se donne les ressources pour financer les eurobonds, avec ça  elle peut financer des investissements de croissance qui ne sont possibles que parce que nous n’avons pas de dettes à ce niveau là. Aujourd’hui le Marché est mondial et la Démocratie est locale, donc cela ne va pas. …

Il faut que la Démocratie ait la même taille que le marché, soit une démocratie mondiale, soit au moins une démocratie européenne, pas de démocrtaie sans budget, ni ressources, donc pour que la démocratie européenne soit à la taille des marchés il faut que la démocratie européenne dispose d’un budget, avec des ressources pour cela et des moyens pour investir…L’explosion de l’Europe aura lieu si on avance pas dans le sens du fédéralisme. Donc l’Allemagne va avancer. »

Pour ma part je pense que l’Allemagne va rapidement  mettre les choses au point en refusant les eurobonds, qui consistent en fait à créer de la dette européenne assumée essentiellement par l’Allemagne. Attali expose ici l’un des plans des mondialistes. Mais je ne suis pas sûr que ce soit celui qui a été retenu par ceux qui composent le premier cercle des mondialistes. Je crois, pour ma part, plus à un passage en force par le chaos organisé et provoqué. C’est-à-dire par un la conjonction de l’effondrement de l’euro, d’une grave crise pétrolière et d’une guerre au Proche Orient.

François Hollande: le changement dans la continuité

J’ai écrit ici que je ne voyais pas, personnellement, de différences entre Sarkozy et Hollande. Les deux sont imbibés des principes révolutionnaires, les deux sont des traîtres à leur pays ( signataires de tous les traités européens), les deux sont des sionistes pur jus, les deux sont des partisans de la culture de mort. Que ce soit avec Hollande ou Sarkozy, la France est entre les mains de ses pires ennemies, de ceux qui veulent son reniement intégral. Alors certes, Sarkozy n’a jamais eu, sur le plan des mœurs,  autant les coudées franches qu’un Hollande. Il a eu certaines sensibilités à ménager parmi ses alliés politiques et son électorat. Certes François Hollande a clairement pris position pour l’euthanasie, le mariage des homosexuels et il risque de relancer la guerre contre l’école libre. Mais finalement n’est-il pas mieux que les révolutionnaires avancent à découvert plutôt que de façon cachée et rampante ? Ce qu’un Sarkozy aurait petit à petit détruit, rogné, Hollande va vouloir l’accomplir au pas de charge, l’annonçant à grands renforts de trompette. Cela va permettre de faire apparaître de vraies  lignes de fracture, cela va permettre des mobilisations, de développer de nouvelles alliances, de faire de la formation. Et puis du côté de Rome, cela va peut-être également faire apparaître l’urgente nécessité d’intégrer la FSSPX, dont les écoles seraient menacées en cas de non réconciliation.

La France n’en finit pas de tomber. Il n’était nullement dans l’intention de Sarkozy d’interrompre cette chute. Son discours d’après défaite était sur ce plan un numéro de virtuose du mensonge remarquable. En effet, lui qui n’a eu de cesse, en 5 ans, de rabaisser la France, de l’aligner sur l’Otan, sur les Usa tout en se moquant éperdument de la volonté du peuple français ( ne fut-il pas l’artisan principal du traité de Lisbonne ?)  a osé prétendre qu’il aimait son pays et son peuple plus que jamais et qu’il avait travaillé pendant 10 ans avec  l’unique souci de les défendre.  Avec Hollande, au moins, les Français seront épargnés de toute cette duplicité : le lierre va tout recouvrir, il ne se confondra plus avec le tronc.  Avec Hollande la nature profonde du mondialisme va apparaître plus clairement et conjointement apparaîtra avec plus de clarté où se situe la seule alternative à  l’asservissement de la France aux puissances de la mort, du mensonge et de   la corruption.

 

Vive Le Christ Roi

2) Le tournant des années du Concile

Dernièrement, l’Institut du Bon Pasteur a été invité ( ou sommé ?) non seulement à  faire du rite tridentin son rite propre et non plus exclusif, mais aussi à intégrer l’enseignement de Vatican II et celui qui lui est postérieur dans la formation dispensée au séminaire de Courtalain. Or, plus que jamais, nous pouvons mesurer les effets dévastateurs des textes issus du Concile. Dans mon article d’hier je relevais que les années du Concile ont été celles où se mit en place la morale inversée              ( je reviendrai sur le sujet la semaine prochaine en abordant les questions de l’avortement et de l’homosexualité) créant un véritable appel du vide dans lequel se sont engouffrés  violence, désespoir, souffrance. Mais au même moment de nombreux prélats s’éprirent de formules creuses, fantasmèrent une grande réconciliation entre la tradition libérale ( donc l’esprit des Lumières et de la révolution) et la tradition  catholique. C’est à ce moment-là que Paul VI fit une proclamation qui résume à elle seule l’esprit du concile « La religion du Dieu qui s’est fait homme s’est rencontrée avec la religion  de l’homme qui se fait Dieu. Qu’est-il arrivé ? Un choc, une lutte, un anathème ?( …)Une sympathie sans bornes l’a envahi tout entier. » Oui, au moment même où le monde faisait converger toutes ses attaques pour détruire la morale traditionnelle – cette digue derrière laquelle les flots de la détresse psychologique, de la violence, de la criminalité étaient contenus – un Concile se mirait dans le miroir que lui tendait la maçonnerie, un Concile renonçait à la rigueur du langage scolastique, abandonnait toute prudence et livraient les fidèles à la meute des loups qui n’attendaient que cette occasion pour créer la confusion dans les esprits, subvertir la foi, privant en conséquence les catholiques de repères stables, clairs, les empêchant d’être une force d’opposition résolue et déterminée à la déferlante de la morale inversée ce qui allait favoriser, par ricochet, l’accélération du démantèlement de la morale traditionnelle et de la famille.  Pour mieux s’en convaincre, je reproduis ici la conclusion d’un article passionnant ( Qu’est-ce qu’un concile pastoral) paru dans le dernier numéro de la revue Le sel de la Terre, de Mgr Tissier de Mallerais.

« Mais comme on ne juge mieux l’arbre qu’à ses fruits, il nous reste à décrire quelques-uns des fruits pastoraux de ce magistère pastoral.

-          La liberté religieuse des adeptes de toutes les religions n’a-t-elle pas favorisé la laïcisations des Etats encore catholique, la multiplication de sectes, la construction de mosquées en pays chrétiens, à l’encontre de la justice et du bien commun ?

-          Nostra aetate voit des rayons de lumière et des semences du Verbe dans les fausses religions ( non chrétiennes) et Jean-Paul II y voit « l’effort de l’homme, qui a le Christ pour aboutissement unique et définitif » (Tertio millenio adveniente). Quoi d’étonnant alors à ce que ces religions inventées par le diable pour perdre les hommes soient prises pour des voies de salut ?

-          L’œcuménisme considère que les communions chrétiennes non catholiques comme des « éléments ecclésiaux », voire des « Eglises particulières » « dont l’Esprit-Saint ne refuse pas de se servir »(Unitatis redintegratio,3,4) : quoi d’étonnant alors à ce qu’il parvienne à ce résultat de bloquer les conversions des non catholiques à l’Eglise et de protestantiser les rites catholiques ?

-          Le prétentu « sacerdoce commun » des fidèles baptisés(Lumen Gentium) n’a-t-il pas dévalué le sacerdoce ministériel des prêtres et bouleversé les sanctuaires et la liturgie ? En conséquence, n’a-t-il pas, pour sa part, tari les vocations sacerdotales, vidé les séminaires et contribué à faire perdre aux prêtres eux-mêmes la conviction de leur identité sacerdotale ?

-          La constitution conciliaire sur la liturgie n’a-t-elle pas programmé le nouvel ordo missae de Paul VI, sans l’offertoire à caractère sacrificiel, jugé être une anticipation déplorable de la consécration ? Cette liturgie nouvelle n’a-t-elle pas été faite pour être dite par le prêtre face au peuple et en langue vernaculaire ? N’a-t-elle pas conduit à estomper la présence réelle du Christ dans l’eucharistie, confondue avec sa présence spirituelle dans l’assemblée des fidèles( Institutio generalis, n.7) ? N’a-t-elle pas fait presque silence sur la nature propitiatoire du sacrifice eucharistique ? Na-t-elle pas diminué le rôle hiérarchique du prêtre à l’autel et sa fonction de consécrateur comme ministre du Christ-Prêtre ? N’est-elle pas responsable du fait que, dès vingt après son approbation par Vatican II, une grande partie du clergé et des fidèles ne croyait plus à ces vérités de foi définies comme des dogmes par le concile de Trente ?

-          La constitution Sacrosanctum concilium n’a-t-elle pas conduit l’Eglise à une banalisation du culte liturgique, devenu sans beauté, ni attrait, privé qu’il est du chant grégorien(latin) et des amples mouvements des ministres sacrés dans le vaste sanctuaire d’antan ? N’est-ce pas la misérable pauvreté des rites « rénové » qui a jeté de nombreux fidèles assoiffés de mystère et de symbolisme dans les bras des sectes gnostiques ou charismatiques hétérodoxes ? Au lieu d’un nouveau printemps de l’Eglise, n’a-t-on pas connu une rapide désertification des rites et une désertion des églises ?

-          Le nouveau code de droit canon promulgué le 25 janvier 1983 par Jean-Paul II comme « un grand effort de transcrire en langage canonique la doctrine même, à savoir l’ecclésiologie conciliaire »(codex, p.XI) a voulu en reprendre « le caractère de nouveauté qui ne s’éloigne jamais de la Tradition législative de l’Eglisde »(p.XII) En réalité sa note de nouveauté ne semble-t-elle pas estomper celle de la Tradition ?Il exalte en effet le « peuple de Dieu » aux dépens de la hiérarchie sacrée, le pouvoir des collèges épiscopaux aux dépens de ceux, de droit divin, du pape sur l’Eglise entière et des évêques sur leurs diocèses, les droits de la personne aux dépens de l’autorité hiérarchique – tout cela selon l’idéologie démocratique. N’a-t-il pas favorisé par conséquent l’indiscipline du clergé, l’arbitraire d’un pouvoir pontifical et d’un pouvoir épiscopal affaiblis et, par compensation, inflexible ( voir le De Delictis et poenis, qui excuse souvent les délinquants, et le De judicis, qui les livre trop facilement à la procédure administrative du pouvoir judiciaire de l’Eglise). La perte de l’autorité à tous les niveaux dans l’Eglise n’aboutit-elle pas finalement à la contestation et à la rébellion des clercs ?

-          Selon Gaudium et spes( GS 47,1) le lien sacré du mariage est conclu «  en vue du bien des époux, des enfants et aussi du genre humain » ; et « l’institution du mariage et l’amour conjugal sont ordonnés à la procréation et à l’éducation » ; et «  cette union intime, ce don réciproque de deux personnes, non moins que le bien des enfants exigent l’entière fidélité des époux et requièrent leur indissoluble unité ». Mais de ces trois affirmations ne ressortent pas la nature ni l’ordre exact des deux fins du mariage, qui, selon la Tradition, sont comme fin première « la procréation et l’éducation de la progéniture », et comme fin secondaire « l’aide mutuelle et le remède de la concupiscence »( code de 1917, can.1013, par 1)

Or le nouveau code de droit canon(canon 1055 par 1) tait la concupiscence et son remède, et, inversant l’ordre des deux fins, place « le bien des conjoints » avant la procréation et l’éducation des enfants, à l’encontre de toute la Tradition et contrairement aux monitions explicites du pape Pie XII( cf AAS, t.36, année 1944, p.63-66). Ce faisant , le nouveau code, précisant le flou du Concile, a dévoyé la doctrine du mariage : il a favorisé la contraception, l’avortement, et causé d’innombrables déclarations nulles de nullité de consentement, grâce aux nouveaux canons 1095( 2 et 3) et 1098.

Que ces fruits mortifères soient le produit de l’assimilation impossible des idéaux libéraux, démocrtatiques et personnalistes par la doctrine de la foi grâce à l’œuvre du Concile, c’est ce qui est patent par ce qu’on vient d’exposer. A la question initiales posée par Jean XXIII : comment remédier à la foi superficielle des années cinquante ? Comment guérir l’Eglise de son ronronnement tranquille sociologique ? Comment ancrer de nouveau et faire vivre de la foi les âmes chrétiennes contemporaines ? Le Concile pastoral a cru devoir répondre « Changeons le visage de l’Eglise, réformons la doctrine de la foi, de manière adaptées à un monde à qui elles étaient l’une et l’autre devenues étrangères » A un vrai problème, le Concile pastoral a apporté une fausse solution. Il lui a manqué de prêter attention aux échos de la la voix de Saint Pie X lui disant : « Non ! Ce n’est pas cela qu’il faut faire malheureux ! Prêchez donc Jésus-Christ, Prêtre et Roi, son sacerdoce, son sacrifice, son règne social ! Et ainsi ramenez tout sous un seul chef, le Christ (Ep 1,10) »

Le tournant des années du Concile

Depuis 40 ans, nos sociétés sont travaillées au corps par un système de valeurs inversées. Dans les années 50 encore, les grands axes de la morale traditionnelle catholique étaient, pour l’essentiel, partagés par toutes les franges de la société, gauche y compris. La condamnation du divorce, de l’avortement ou de l’homosexualité était unanime. Pour établir la supériorité de la morale traditionnelle sur la morale inversée actuelle, il n’est pas forcément nécessaire de s’engager dans une démonstration philosophique, la force des évidences y suffit pleinement. En effet, toutes les études et les enquêtes sociologiques attestent que le point d’inflexion se situe à la charnière des années 60-70.De cette époque date l’explosion de la courbe des suicides en occident, de même que celle des courbes de la criminalité, de la dépression, de la consommation de drogues.
« En 30 ans, le taux de suicide( en France) a fortement augmenté : il est passé de 1.73 à 2.13 pour 10000 habitants. La hausse a été la plus forte entre les années 1976 et 1985 (plus 40% en 10 ans) peut-on lire sur www.doctissimo.fr/html/psychologie/mag_2003/mago131/dossier/ps_6444_suicide-france-etat-lieux.htm). De même en Belgique « …en 50 ans,il(le suicide) est passé de 8 à 18% chez les garçons et de 5 à 10% chez les filles » (www.e-sante.be/be/magazine_sante/sante_psychologie_sexologie/Suicide_en _hausse_en_Flandre-2920-933-art.htm)
En ce qui concerne la criminalité, les statistiques suisses sont très éloquentes « Dans les années 50 et au début des années 60, 600 jugements pénaux étaient prononcés à l’encontre d’adolescents pour 100000 individus du même groupe d’âge. Ce rapport est passé à 1400 dans les années 80 et 90. »(http://www.swissinfo.org/fre/swissinfo.html?siteSect=601&sid=8169091&cKey=1188920596000&ty=st)

En Europe la situation n’est pas meilleure et suit la même progression « Entre 1950 et 1970, la criminalité a connu une augmentation constante, mais depuis 1970, cette augmentation s’est accélérée… »(www.europa.eu )

Le même constat s’impose pour les dépressions. « Des études récentes démontrent que les taux de prévalence de la dépression et de l’anxiété augmentent partout dans le monde. Par exemple, une analyse de cohorte de la National Cohort Morbidity Study des Etats-Unis a révélé que la prévalence permanente à la dépression chez les femmes de 20 à 24 ans est passée de 6% au début des années 1960, à partir de 28% au début des années 1990. C’est probablement la preuve d’un milieu en transformation sur les symptômes de la dépression, car ni le fonds génétique, ni la réparitition des hormones sexuelles n’auraient pu changer de façon si significative au cours de cette période. »(www.phac-aspc.gc.ca/publicat/whsr-rssf/pdf/WHSR_Chap_18_f.pdf)
Les années du Concile constituent donc le pivot à partir duquel tout se détériore. Tout le système de valeurs inversées fondées sur la satisfaction immédiate des pulsions, donc sur la jouissance et sa légitimation ne produit au final que violence, désolation, souffrances.  Le démantèlement de la famille auquel aboutit la morale inversée est la principale cause de toutes cet effondrement qui a produit une  hausse continuelle des couts de la santé. Ce qui en retour sert de justificatif à l’interventionisme de l’Etat, aux politiques sociales pesant toujours plus lourd sur les budgets nationaux. C’est donc durant les années du concile, au moment même où l’Eglise tombait dans le piège tendu par les modernistes, au moment même où elle se crut le devoir de baisser sa garde pour rouler des galoches au monde, que ce dernier porta son offensive contre les fondements de la morale traditionnelle et que tous les indices du bien-être collectif commencèrent à s’affoler.

Julien Gunzinger<