Remarques sur le risque d’implosion de la Fsspx à raison de l’attitude de Mgr Fellay.
Notre collaborateur présente ici une réponse à mes objections concernant son précédent article. Je développerai la semaine prochaine mes propres arguments.
Julien Gunzinger
De notre collaborateur Pierre Hafeu.
Nous voyons sur ce blog deux analyses divergentes de la situation. Nous répondons maintenant aux arguments pro-Fellay défendu par M. Gunzinger.
1° D’une, le « supérieur » de la Fsspx ne peut avoir autorité sur des évêques. Les évêques ne reçoivent pas le pouvoir d’ordre et de juridiction du supérieur de la Fsspx. Selon les thèses en vigueur dans la Fsspx, ils tirent leur pouvoir d’ordre de leur ordination épiscopale (sacre) ; le pouvoir de juridiction immédiatement de Dieu au moment du sacre, mais moyennant mandat pontifical (avec, en cas d’état de nécessité, suppléance de l’Eglise pour pallier au défaut ou refus de mandat pontifical). Ces thèses sont bien établies ; je n’y reviens donc pas.
2° De deux, le jugement de Mgr Fellay sur l’opportunité d’un ralliement est un jugement prudentiel. De sorte que, sauf à considérer Fellay doté d’infaillibilité dans ses jugements prudentiels, on ne voit pas qu’on doive y assentir. Tout au plus pourrait-il réclamer un assentiment religieux et prudent. Sauf qu’évidemment, les 3 autres évêques et des pans entiers de la Fsspx lui répondront que son jugement est imprudent.
3° De trois, quant à la nécessité d’un accord doctrinal préalable, Mgr Fellay lui-même l’exigeait, et le Chapitre général de la Fsspx avec lui.
- Mgr Fellay : « Nous envisageons trois étapes vers une solution de la crise : préalables, discussions, accords… [Si Rome accorde les préalables = levée de l’excommunication] il conviendra de passer à la deuxième étape c’est-à-dire aux discussions… cette étape-là, celle des discussions sera difficile, houleuse et probablement assez longue… En tout cas, il est impossible et inconcevable de passer à la troisième étape, donc d’envisager des accords, avant que les discussions n’aient abouti à éclairer et corriger les principes de la crise. »
- Chapitre général de la Fsspx : « En effet, les contacts qu’elle entretient épisodiquement avec les autorités romaines ont pour unique but de les aider à se réapproprier la Tradition que l’Eglise ne peut renier sans perdre son identité, et non la recherche d’un avantage pour elle-même, ou d’arriver à un impossible accord purement pratique. Le jour où la Tradition retrouvera tous ses droits, le problème de la réconciliation n’aura plus de raison d’être et l’Eglise retrouvera une nouvelle jeunesse. »
- Par où appert que l’accord ne peut être purement pratique, ne peut consister seulement en un accord juridique offrant une prélature personnelle à Mgr Fellay et une situation canonique apaisée à la Fsspx, mais que la Tradition retrouve ses droits, ce qui inclut un accord doctrinal seul à même de pouvoir « corriger les principes de la crise ».
- D’ailleurs, de Mgr Lefebvre au Pape Jean-Paul II, lors de la rupture des discussions entre Rome et Écône en juin 1988 : « C’est pour garder intacte la FOI de notre baptême que nous avons dû nous opposer à l’esprit de Vatican II et aux réformes qu’il a inspiré. Le faux œcuménisme qui est à l’origine de toutes les innovations du Concile, dans la liturgie, dans les relations nouvelles de l’Église au monde, dans la conception de l’Église elle-même, conduit l’Église à sa ruine et les catholiques à l’APOSTASIE… Nous continuerons de prier pour que la Rome moderne, infestée de MODERNISME, redevienne la Rome CATHOLIQUE et retrouve sa Tradition bimillénaire. Alors le problème de la réconciliation n’aura plus de raison d’être et l’Église retrouvera une nouvelle jeunesse. »[i]
4° De quatre, si Mgr Fellay persiste dans son déni, persiste à refuser d’entendre les arguments des trois autres évêques de la Fsspx, la Fsspx implosera en deux blocs, l’un rallié à la politique de l’IBP, l’autre fidèle à la ligne Fsspx. Peut-être ceux des prêtres Fsspx sédévacantistes au for interne en profiteront pour s’afficher ouvertement.
En conclusion.
1. La Fsspx a toujours considéré nécessaire qu’un accord doctrinal fût le préalable à la résolution canonique de son statut. La rupture des pourparlers de 1988 en est la preuve la plus éclatante.
2. À l’inverse, l’IBP a cru bon de se rallier avant tout accord doctrinal. De sorte qu’il n’est plus de raison que Rome traite avec les membres de l’IBP et reconnaisse doctrinalement quoique ce soit : l’IBP est en sa main. On voit d’ailleurs poindre la reprise en main de l’IBP convié à aggiornamenter ses statuts, à abandonner sa « critique constructive » du Concile pour passer à une « herméneutique de la continuité ».[ii]
3. La ligne Fellay consiste donc en l’abandon de la position traditionnelle de la Fsspx au profit de la ligne IBP, ligne pourtant condamnée en son temps comme une impasse.
4. La ligne Fsspx traditionnelle est défendue par les trois autres évêques de la Fsspx.
5. La Fsspx est en danger d’implosion. Certains jugeront Mgr Fellay avoir raison, d’autres qu’il a tort. En tout état de cause, il lui faudrait répondre à cette question : pourquoi accepter un accord canonique en l’absence d’accord doctrinal ?






